Musées Minots
ou l'école buissonière au musée.
Il était une fois un éducateur qui se promenait autour d'un musée, à Palerme, et qui entendit les enfants parler de ce qu'ils avaient vu dans le musée.
C'étaient des propos d'enfants, des paroles de rêves, loin de la raison ou du savoir, mais reflétant ce que les éducateurs avaient pu transmettre, et ce que les enfants avaient pu ressentir et imaginer. Ecouter ce genre de propos avec respect et intérêt ne pouvait que permettre aux enfants de se retrouver dans un univers culturel, le musée, qui est généralement réservé aux grands, aux adultes cultivés. Donner aux enfants les moyens nécessaires à l'affirmation de ces propos était sûrement leur donner le goût de s'approprier un espace dans cet univers devenu familier.
De retour à Marseille, l'éducateur a lancé une opération Musées Minots (traduction : les musées vus par les enfants) avec la complicité d'enseignants et de médiateurs des musées de la ville.
Le jeu était de préparer les enfants, pendant des séances en classe pour un total d'une vingtaine d'heures, à tenir une fonction de médiation pendant une journée à la fin de l'année, à être des guides de musée, en vrai, comme des grands. Tout commençait, pour chaque enfant, par une rencontre avec une œuvre d'art de son choix, un moment intense sous la responsabilité de la personne assurant la fonction de médiation dans le musée. Ensuite venait le temps du savoir : pour chaque enfant, savoir ce qui se disait sur cette œuvre, dans les livres, sur le etiquettes du musée, etc... mais aussi savoir dire ce que ça fait à soi-même, ce que l'on ressent, ce que l'on imagine. Puis venait le grand jour, le jour "J" de l'échange avec le public, interpellé - parfois agacé, souvent enthousiasmé, toujours intéressé - par les commentaires des enfants. Le public dans son ensemble a reflété beaucoup de bienveillance. Les œuvres d'art ont bénéficié d'un nouvel éclairage. Parents et enfants, spectateurs et acteurs, ont passé la porte des musées. Les enseignants ont parfois découvert de nouveaux élèves.
L'expérimentation a duré cinq ans pendant des temps scolaires. Ensuite elle n'a plus été programmée par l'administration.